La solitude du travailleur en solo

14 08 2010

Je sors lentement mais sûrement d’une crise qui me pompe mon énergie depuis des mois. L’hiver a été très mauvais pour moi sur le plan professionnel. Peu de commandes, pas d’argent. Je pouvais chanter « Ma petite entreprise connaît la crise ». J’ai été à deux doigts de mettre les clés sous la porte, suis allée à l’ANPE (pardon au pôle emploi, enfin non ici ça s’appelle « Arbeitsagentur ») pour m’informer sur les aides accordées aux freelances en dérive. Après avoir rempli un formulaire et avoir reçu un numéro à présenter en cas de chômage, je dois dire que je n’étais pas vraiment plus avancée.

En fait, ce sont deux livres qui m’ont redonné espoir.

Le premier « Pourquoi changer d’emploi ne changera rien »1 a été écrit par deux amis, l’un insatisfait chronique ayant déjà essayé tous les métiers possibles, l’autre coach professionnel. Les deux écrivains ont parlé avec de nombreuses personnes se plaignant de leur travail. Ils ont alors découvert que toutes branches et positions confondues, on rencontre des problèmes récurrents qui font que travailler peut être si pénible.

Pour en citer quelques-uns :

–         rémunération insuffisante

–         manque de reconnaissance et d’estime

–         manque de liberté et de pouvoir de décision

–         pas assez de temps pour la vie privée

–         monotonie, routine

–         injustice

Vous aurez beau changer d’emploi ou de statut (employé ou freelance), ces problèmes subsisteront. La seule solution est de les accepter et de les résoudre. Cela demande une profonde remise en question personnelle et oblige à changer ses habitudes et sa façon de penser. Bref, on est en plein dans le développement personnel.

Le second livre « Travailler en solo »2 décrit toutes les difficultés que traverse un freelance, non sur le plan matériel et administratif mais sur le plan émotionnel. Problèmes de motivation, peur de l’avenir, angoisses, solitude, poursuite d’objectifs, tout cela est passé en revue au travers de témoignages. L’auteur, écrivain et journaliste, puise beaucoup dans son expérience personnelle et donne un caractère très vivant et humain à ses constatations.

Grâce à ce livre, j’ai pris conscience que je n’étais pas un cas isolé. J’ai beau connaître beaucoup de freelances autour de moi, la majorité de mes connaissances est cependant employée. Mais travailler seul, comme l’explique l’auteur Gudrun Sonnenberg, est le lot de nombreuses personnes.

Il y a bien sûr les freelances et professions indépendantes (un travailleur européen sur six est un travailleur indépendant3) mais aussi:

– les étudiants, thésards, doctorants

– les chercheurs

– les représentants et les employés détachés

– beaucoup de professeurs ayant seuls la charge des cours

– etc.

Pour revenir aux tentations et distractions possibles d’un travailleur en solo, elle cite ces tâches qui ont un caractère professionnel mais détournent en fait du travail urgent ou du travail pour lequel pour vous êtes payé. En voici quelques-unes:

– nettoyer son bureau

– réseauter

–  faire des recherches sur Internet (je vous renvoie à mon article Internet est une drogue)

– écrire des mails aux collègues

– lire des revues spécialisées

– peaufiner son site Internet ou ses cartes de visite

et je rajouterai (malheureusement) aussi dans cette catégorie : tenir un blog professionnel !

Le problème est que ce sont toutes des tâches qui ont une raison d’être dans votre activité professionnelle et auxquelles il faut s’adonner de temps en temps mais qui deviennent dangereuses quand elles finissent par monopoliser votre temps et votre attention.

Si vous avez lu des livres français sur les mêmes thèmes, n’hésitez pas à nous en faire part sur ce blog (en laissant un commentaire). Cela pourrait aider plus d’une personne à reprendre espoir ou à sortir de son isolement.

Notes et références :

  1. Traduction très, très libre du titre original Das Frustjobkillerbuch, Volker Kitz, Manuel Tisch, Campus, 2008
  2. Mot à mot « Mon collègue, c’est moi » : Kollege ich, Gudrun Sonnenberg ; Pendo München und Zürich, 2005
  3. Rapport du 21.11.2008 « L’essor du travail indépendant en Europe » publié par l’Association Travail Emploi Europe Société http://www.astrees.org/l-essor-du-travail-independant-en-europe—un-defi-pour-le-droit-du-travail_fr_70_art_175.html

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6 responses

14 08 2010
Jean-Philippe

Très juste Carozen ! 🙂

Le fait de changer de travail ne va rien changer à sa vie. Mais, sommes-nous réellement faits pour le travail « sédentaire » ? L’homo sapiens ne l’était pas vraiment, car il passait guère plus de 3 heures par jour à « travailler » et le reste du temps à socialiser ou à apprendre différents savoirs utiles pour survivre. C’était il y a environ 10000 ans, une goutte d’eau dans notre évolution.

Sur mon blog, j’explique souvent que nous sommes des « scanneurs », c’est à dire que nous avons besoin de variété dans notre quotidien. Pas de buzz mais plutôt d’activités renouvelées qui nous plaisent vraiment. Malheureusement la révolution agraire puis la révolution industrielle sont passés par là, faisant de nous des experts, des spécialistes au savoir trop pointu qui, au bout d’un certain temps, s’ennuient profondément.

Je sais que mon point de vue prête à la controverse mais alors, pourquoi tant de personnes sont malheureuses dans leur travail ?

16 08 2010
carozen

Bonjour Jean-Philippe,

je suis tout à fait d’accord avec toi. Sur le plan intellectuel, l’homme a besoin de varier ses activités. Mais sur le plan physique également. Qui est fait pour être assis à un bureau 8 heures par jour ?

14 08 2010
Argancel

@Jean-Philippe : ça me rappelle un peu la table 12 de ton resto de l’emploi 🙂
Comme pour la nutrition, nous ne pouvons pas trouver toutes nos vitamines dans une seule activité. La solution ne serait-elle pas d’avoir un travail qui combine de nombreuses compétences? Ou alors une vie sociale trépidente en dehors du boulot 😀

16 08 2010
Christian

Bonjour Caroline, excellent billet, comme d’habitude. Je suis content que tu aie retrouvé l’espoir en ton projet. Je comprends que ça peut être très difficile d’être travailleur autonome. Je n’ai jamais été freelance à temps plein, mais ma conjointe a démarré son entreprise au début 2010 et ça n’a pas été facile.

Ça fait quand même depuis 2002 que tu es dans les affaires et j’imagine que tu as connu des temps meilleurs. Crois-tu qu’il y a un ralentissement économique en Allemagne qui pourrait expliquer ce creux?

J’espère vraiment que ça va fonctionner pour toi. N’y aurait-il pas moyen pour toi d’offrir différents services comme : rédaction publicitaire (copywriting), articles (magazine ou journaux), correction et révision de textes, enseignement. Si tu as des clients qui développent constamment de nouveaux produits, ils seraient peut-être aussi intéressés par de la rédaction publicitaire pour faire de la pub et promouvoir ces derniers?

Je connais bien le milieu des photographes professionnels et laisse-moi te dire que c’est un milieu assez difficile. Beaucoup de temps à investir, équipements dispendieux, compétition féroce. Je connais plusieurs photographes professionnels qui ont un emploi à temps partiel, offrent des ateliers de photographie, acceptent des contrats qui n’ont pas vraiment envie de faire, seulement pour pouvoir payer le loyer.

Bonne chance Caroline, j’espère que ça ira mieux pour toi. Si j’ai la chance un jour de faire plus de rédaction publicitaire, tu es la première à qui je penserai pour de la correction-révision.

Christian

16 08 2010
carozen

Merci pour tes encouragements, Christian.
L’hiver a en effet été dur pour beaucoup d’entreprises en Allemagne. La crise ne nous avait pas vraiment touchés et puis, tout à coup, personne n’a plus osé investir. C’était l’attente générale. Impossible de décrocher de nouvelles missions. Depuis le début de l’été par contre, ça n’arrête pas. Je suis même obligée de refuser des contrats.
Après huit ans, je devrais être habitée aux montagnes russes mais cet hiver, j’ai vraiment cru que le wagonnet allait se détacher 😉

16 08 2010
Jean-Philippe

@Carozen Tu as tout à fait raison. 🙂

L’homme n’est pas fait pour rester assis pendant des heures. Cela nuit même à notre santé. Par exemple, le cocktail voiture + travail + TV est détonnant pour notre corps. Pour ceux que cela intéresse, je peux leur transmettre des papiers scientifiques sur ce sujet dont on parle peu… et qui pourtant nous tue, à petit feu.

@Argancel Très juste ! C’est bien l’idée que je voulais donner lorsque j’ai raconté cette histoire. Et tes solutions sont excellentes. C’est sûr qu’on ne peut pas arriver à la perfection mais ce que tu proposes nous en rapproche et nous permet de sourire un peu plus. 😉

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